L'atelier de Catherine

Dimanche 13 mai 2007 7 13 /05 /Mai /2007 12:39

    A la lecture "d'oreiller d'herbes" de Sôseki, je me suis souvenue...

    J'avais 6 ans, j'habitais à la lisière de la forêt de Lyons avec grand-mère Jeanne.

    Lors d'une de ses visites, maman m'avait apporté un calendrier sur lequel il y avait des reproductions d'estampes japonaises des fleurs, des grues couronnées, des personnages vêtus de kimonos aux motifs multiples qui se surperposaient et ne laissaient entrevoir que des fagments d'étoffes.

 

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      J'ai souvent installés les tissus pour qu'ils se superposent, n'en voyant que des fragments.

 

   pict0183.jpg

 

 

 

 

     J'ai retrouvé à Anvers l'impression d'enfant que j'avais eue devant l'image du calendrier.

 

    De ce calendrier, je m'étais empressée de découper les images et les avais rangées précieusement dans une boîte en bois vernissé par endroits, un peu plus grande qu'un plumier.

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   Souvent, je suis allée m'asseoir dans le champ en face de la maison de grand-mère, avec ma boîte. Je n'ai jamais essayé de dessiner le paysage mais je recopiais inlassablement les motifs du calendrier. Je n'y arrivais pas, alors je me couchais dans l'herbe et je rêvais.

    En rentrant, je brodais avec grand-mère. C'était plus facile.

 

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    Il y a quelques temps, par hasard, j'ai eu des lambeaux de tissus brodés qui provenaient d'un paravent japonais. J'ai revu les grues couronnées de mon enfance où tout était déjà installé : le découpage, les morceaux, les fragments, les aplats, les motifs cachés, superposés... et les restes.

    Et c'est le texte d'Eisenstein "la branche de lilas" qui m'est alors revenu en mémoire. L'enfant dans son berceau voyait le paravent japonais et les branches au premier plan.

 

       Voici des broderies provenant du paravent japonais (détails "d'oreiller d'herbe").

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Grue couronnée brodée

 


Plantes brodées.

 

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    J'ai fait une série de cinq tableaux sur le thème "Oreiller d'herbe" d'après le long poème haïku de Sôseki : Voyage entrepris aux sources de la création artistique.

 

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Oreiller d'herbe n° IV

 

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Oreiller d'herbe n° I

 

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Oreiller d'herbe n° II

 

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Oreiller d'herbe n° III


     C'est un long voyage dans mes souvenirs d'enfance.

 

Par Catherine Beaucourt - Publié dans : L'atelier de Catherine
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Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /Avr /2007 10:53
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    J'ai eu deux tabliers écossais bordés de croquet rouge. Le croquet était plus populaire que la dentelle.
   
J'utilise le croquet de temps en temps. Ici, c'est un reste que ma mère avait acheté quand Frédéric est né (1960), pour border son lit en toile.



Sur ce détail, on peut voir un fragment de tricot qui provient de chez Augustine.


    J'ai porté des rubans dans les cheveux, blancs ou rouges. Grand-mère aimait me faire des anglaises et orner le tout avec un chou au sommet du crâne. Ce n'était pas ce que j'appréciais le plus, je préférais les nattes.
    Plus tard, j'ai eu une collection de petits rubans de velours aux couleurs subtiles, douces et passées et j'attachais mes nattes.

                      DSCN0427.JPG

                                        
J'ai toute une réserve de rubans dans l'atelier.





"La chemise de Jeanne"

Quand je n'ai pas de ruban je fabrique des liens.


    Le tricot est une histoire lointaine de mon enfance. Cela va de pair avec la broderie. Il y avait une rivalité entre mes deux grands-mères, l'une cousait, l'autre tricotait (la brodeuse).
      Bien qu'ayant appris de bonne heure, je ne tricotais pas. Trop long.
     Je cousais. Mal.
    Je me suis mise à tricoter, beaucoup, lorsque j'ai eu de la laine à profusion. Ayant un atelier de tissage vers 1970, je possédais une grande variété de fills.
      Je filais et teignais les toisons que me procurait un voisin.

    Je tricotais à nos garçons des pulls uniques, un peu étranges certainement, qu'ils aimaient (j'espère !) à l'époque.



Rouet fabriqué par mon père.






Dans ce tableau, en dehors d'un morceau de chemisier ayant appartenu à Mademoiselle Augustine, il y a aussi des fragments d'une couverture tricotée en coton blanc, et l'enveloppe d'une lettre qui lui était adressée.




Voici une photo de Mademoiselle Augustine, prise par Lise ou Henri, en 1981-82.


Par Catherine Beaucourt - Publié dans : L'atelier de Catherine
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Lundi 19 mars 2007 1 19 /03 /Mars /2007 19:34
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    Les bords, bordures, lisières, ourlets ont une place privilégiée dans ma peinture.



    Grand-mère Jeanne brodait, coudre était une autre affaire. C'était difficile de porter une robe ou un pantalon avec un ourlet fait au point de bourdon, rouge, le plus souvent.
    On pouvait retrousser les manches, les bas de pantalons, mais les robes ...!
    Un autre cas de figure consistait  à conserver le fil du bâti (de couleur égelement mais différente) incrusté dans l'ourlet, pour que cela soit plus solide. Nous Grandissions très vite heureusement !


Ces affreux ourlets que je cachais, enfant, je les montre dans ma peinture.

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                      Ourlet, bordure, volant.                                             Ourlet sur toile de jute.

                                                             
                     
            Vestige d'ourlet réalisé sur un porte-seviette par Grand-mère.

    Ce qui se passe à la périphérie du tableau me semble important. C'est maniériste. Je m'applique à laisser entrevoir ourlets, bordures et autre lisières.



Echancrure d'une chemise ancienne (La reine des neuf jours - détail)

DSCN1533.JPG               DSCN0443.JPG

    Bordures raffinées, mouchoir XIXème siècle.                                Barbes de dentelle noire.



    Les bordures des vêtements, dans la peinture médiévale, sont variées. On trouve souvent des calligraphies d'inspiration orientale (écriture soufique), en particukier sur les bords des manteaux de la Vièrge.

    Dans les "Très Riches heure du Duc de Berry", au début du XVème siècle, les bordures sont nombreuses.

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          Détail : la robe de Marie, "La Visitation"                    
Détail : la robe de la Vierge "La Nativité"

      dscn3298.jpg         dscn3299.jpg

           Détail : Manteau de Joseph, "La Nativité"           
                Détail de "La Purification"

     
    Le galon est ausi une bordure. Il souligne, finit, délimite des espaces, il enferme. Il en existe une grande variété.


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Ce galon est brodé sur une étamine noire. Début XXème siècle.

   DSCN1270.JPG      DSCN1271.JPG

Ces deux modèles de galons sont anciens, début du XXème siècle.
  
                         
                        Galon de Mme Pélissier                                   Galon acheté à Souriante


 

J'ai beaucoup utilisé celui-ci offert par Jean-Pierre


             dscn2952.jpg    
                Galon de grand-mère Madeleine                                    Galon Mong de chez Souriante



     

Galons de papiers peints anciens



Sur le détail des "Fenêtres d'Anvers", il y a une accumulation des différents galons.
 


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                   La Montanine (2)                                                              La Dame d'Alès
                    Galons dentelle                                                  Galons divers : de chez Mme Octave

  
      
Illusion de croquet "Augustine"
     ...

                      

          Série "Les Aïeules". Petits galons imitant les perles.

Par Catherine Beaucourt - Publié dans : L'atelier de Catherine
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Lundi 19 mars 2007 1 19 /03 /Mars /2007 00:14
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    Pour coudre il faut du fil !


   

    On peut se servir de fil pour autre chose. Jean-Pierre m'a donné un écheveau de fil de soie pour faire des perruques de poupées.
    La cretonne fleurie recouvre une boîte ancienne trouvée aux puces de Carpentras.




Grand-mère Jeanne reprisait "les bas" avec ce genre de fils.



                       dscn2581.jpg

Godelieve a été fascinée par ma boîte de fils. J'ai retrouvé exactement
la même pour la lui offrir.



                       Fil à broder avec modèle de lettre majuscule comme en utilisait grand-mère.






Les fils ne doivent pas être en vrac car ils finissent par s'attraper et se nouer. C'est l'oeuvre du démon disait grand-mère.




                     Il faut les laisser bien rangés dans le boîtes, comme des bijoux dans des écrins.

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     Pour suturer les tissus de mes tableaux, j'utilise du fil de soie dont se servait les marins pour raccommoder les voiles. On le voit au premier plan.

DSCN0386.JPG

    J'utilise aussi le lin que je mets en plusieurs épaisseurs ou bien un gros fil de coton. Au second plan.

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Franges du premier macramé réalisé par Jean-Pierre dans les années 70.

    Maîtrisés, les fils apparents des bordures de tissu deviennent des franges.


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Châles de la Montanine.



C'est un tissu étrange que j'ai utilisé sue deux tableaux :

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                                      " Jane et Elisabeth" (2)                                          "Elizabeth" (4)

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C'est un tissu bien étrange que j'ai utilisé pour ces deux tableaux. Je rattache aussi les franges aux Lamentations de Jérémie :

"Noun. Echec. je lève la frange de ma robe. Mensonge...
Après les errances d'aveugle, c'est le moment du repentir."
                                               (Lamentations de Jérémie)



    Lorsque je ne trouve pas de franges ou de fils apparents naturellement, je les frabrique, je détisse des portions de textile comme c'est le cas pour un des vêtement des "Mariés de Mèze". J'effrange !


Détail des "Mariés de Mèze"


Détail du bouclier de l'armure de Charles IX (XVIème siècle).


   - "Effrangeant ces sons de leurs gosiers à cause de leurs voix naturellement rudes, plutôt que de les exprimer comme il le fallait..."
   
                                                        Le Moine d'Angoulème dans "La vie des chevaliers".

Par Catherine Beaucourt - Publié dans : L'atelier de Catherine
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Lundi 19 février 2007 1 19 /02 /Fév /2007 17:18

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Grand-mère Madeleine était couturière. Elle avait des clientes qui sortaient de l'ordinaire. Elle leur réalisait des robes extraordinaires qui avaient vraiment du chic.

Elle me donnait beaucoup de tissus pour habiller mes poupées. Françoise en particulier. Celle de Modes & Travaux. Je la drapais dans des plumetis somptueux, des tafetas gorge de pigeon et autres soiries. Comme la couture n'était pas mon truc, j'utilisais beaucoup d'épingles, de noeuds que je recouvrais de drapés et de plis.

Ne cousant que très peu à la main, elle ne m'a jamais appris. Par contre, je l'ai vue couper dans le vif ces merveilleuses étoffes. Cela me faisait mal. J'en ramassais la moindre effilochade, le moindre fil.

Et pourtant je couds ! Les supports de mes toiles sont assemblés, parfois à la machine
. M
ais le plus souvent, les vieux restes d'étoffes sont cousus à grands points, points de jésus, visibles.

DSCN0416.JPG


DSCN0420.JPG


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Les coutures doivent être apparentes avec un fil très gros.
Il ne faut pas hésiter à coudre du métal, du papier, du bois, du tissu, ensemble.



pict0033_retouch__.jpg



PICT0015-retouch--.JPG


pict0040_retouch__.jpg
 
 
 
Ces trois "dessins" sont réalisés sur du papier de soie.
Un galet est cousu sur le troisième
.




J'ai cousu des boutons sur celui-ci.




Sur le détail de "la chemise de la Montanine", on voit nettement les coutures, les plis, les boutons cousus, incrustés dans la matière, et de faux boutons, des empreintes.


Détail de la "Dame à la colerette". Ce ne sont pas des boutons mais des morceaux de métal qui donnent l'illusion de fermer le vêtement.



J'utilise les boutons comme des bijoux, des perles. Je les collectionne, les répertorie.


 


J'en fais des "conserves"...



D'autres sont encore en planches.


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Bouton/perle sur col en dentelle de Bruges. Petit bouton pour petit cou.


Pour coudre, il faut des aiguilles, du fil et un dé. Voici les dés de mes grands-mères. Le plus grand appartenait à Jeanne.



Je n'ai jamais pu utiliser cet outil. Je me suis piquée les doigts et je continue.

Même en m'appliquant beaucoup, je n'ai jamais été très douée pour la couture. J'ai pourtant persévéré et sur les tableaux, ce sont des sutures, des ligatures plus que de la couture.
C'est madame Robineau, ma première institutrice (celle des gants) qui m'a appris quelques points. Comme je savais (un peu plus) broder, j'ai pu apprendre le point d'épine double. On faisait les exercices sur de petites pièces de percale, décatie, j'insiste. Et le tout au brillanté d'Alger. C'était chouette !





"Les pièces de madame Robineau (80x60)"


Madame Robineau nous préparait les pièces le vendredi soir. C'était à voir et entendre car elle déchirait l'étoffe d'un geste précis, rapide, incomparable. Nous retenions notre respiration.
Apparaissaient alors des franges de fils. parfois l'un d'eux s'échappait, j'avais le temps de le capturer et de le conserver dans mon plumier.

Et le samedit c'était "couture". Quelle fête ! Quand la pièce était finie, lavée, repassée, elle était collée dans le cahier de couture.

"Les pièces de madame Robineau" est un assemblage de tissus très variés, morceaux de draps dont on voit encore les jours, un empiècement de guimpe.

Un jour, aux Beaux-Arts, quand Marc Aurèle m'a dit que j'étais une couturière, cela m'a beaucoup agacé. Alors je me suis mise à coudre ! J'ai refait des pièces, à la main, à la machine.







Cela a beaucoup fait rire madame Ritz !




Par Catherine Beaucourt - Publié dans : L'atelier de Catherine
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